Les fondations constituent l’interface essentielle entre un ouvrage et le sol. Leur rôle est de transmettre et répartir les charges de la structure vers le terrain d’assise, tout en limitant les tassements et les déformations différentielles susceptibles d’engendrer des désordres (fissures, désaffleurements, dysfonctionnement des ouvertures, etc.).
Le choix d’un type de fondation n’est jamais « standard » : il dépend de la nature des sols, de leur hétérogénéité, de la profondeur du bon sol, du niveau de la nappe, des charges de l’ouvrage, des contraintes d’accès chantier et, surtout, des conclusions d’une étude géotechnique.
Qu’appelle-t-on “fondations courantes” en géotechnique ?
Dans le langage courant, les fondations « courantes » désignent les solutions les plus fréquemment rencontrées sur les bâtiments usuels (maisons individuelles, petits immeubles, ouvrages légers), en opposition aux fondations spéciales (pieux de grands diamètres, barrettes, parois moulées, etc.).
En géotechnique, on classe généralement les fondations selon la profondeur d’ancrage et le mode de transfert des charges.
Le cadre normatif à connaître (France)
Le dimensionnement et la justification géotechnique des fondations s’appuient notamment sur :
- NF EN 1997 (Eurocode 7) et ses Annexes Nationales : principes de calcul géotechnique, vérifications (ELU/ELS), valeurs de calcul, approches de sécurité.
- NF P 94-500 : classification des missions géotechniques (G1, G2, G3, G4, G5), organisation et livrables.
- Les normes de la série NF P 94 relatives aux reconnaissances et essais (par exemple pressiomètre, pénétromètre, prélèvements, essais labo), selon le programme d’investigation.
Ces textes définissent le « comment justifier » ; la solution « la plus adaptée » reste conditionnée par les données d’entrée (reconnaissance) et par la variabilité des sols.
1) Les fondations superficielles (les plus fréquentes)
Les fondations superficielles sont mises en œuvre lorsque le sol d’assise est suffisamment porteur à faible profondeur (ordre de grandeur : de quelques dizaines de centimètres à quelques mètres, selon le contexte). Elles travaillent principalement par pression de contact sous la fondation.
On distingue principalement :
- Les semelles isolées
Les semelles isolées (ou ponctuelles) sont disposées sous des poteaux. Elles peuvent être carrées, rectangulaires ou circulaires, et sont généralement réalisées en béton armé.
Points de vigilance courants :
- risque de poinçonnement ou de portance insuffisante en sol mou,
- sensibilité aux tassements différentiels si le sol varie latéralement,
- nécessité d’un ferraillage adapté et d’un béton de propreté selon les conditions d’exécution.
- Les semelles filantes
Les semelles filantes (continues) sont placées sous les murs porteurs. Elles répartissent les charges sur une surface plus grande et sont souvent utilisées pour les maisons individuelles.
Points de vigilance courants :
- influence des remblais ou des hétérogénéités sous les longrines/murs,
- prise en compte de la profondeur hors gel et des conditions d’eau,
- maîtrise des interfaces (sol/fondation) et de la qualité de mise en œuvre.
- Le radier
Le radier est une dalle de fondation couvrant tout ou partie de l’emprise du bâtiment, permettant de réduire les contraintes transmises au sol et de mieux « solidariser » l’ouvrage.
Il est souvent pertinent lorsque :
- la portance du sol est modérée à faible,
- les charges sont réparties sur une grande surface,
- on souhaite limiter les tassements différentiels.
Attention : un radier n’annule pas un sol médiocre. Il exige une justification géotechnique solide (tassements, interaction sol-structure, sensibilité à l’eau, etc.).
2) Les fondations semi-profondes (puits et longrines)
Lorsque les couches superficielles sont insuffisantes et que le bon sol se trouve plus bas, une solution courante consiste à descendre ponctuellement au bon horizon par des puits (souvent entre ~2 m et ~4 m, à adapter selon site) puis à relier ces appuis par des longrines.
Principe :
- excavation de puits jusqu’au sol d’assise,
- mise en place d’armatures,
- coulage du béton,
- liaison par longrines pour reprendre et répartir les charges.
Points de vigilance :
- stabilité des parois d’excavation (sols meubles, présence d’eau),
- contrôle du niveau d’assise (atteinte réelle du bon sol),
- sensibilité aux aléas d’exécution (géométrie, propreté du fond, bétonnage).
3) Les fondations profondes (pieux et micropieux)
On recourt à des fondations profondes lorsque :
- le bon sol est trop profond pour des solutions superficielles/semi-profondes,
- les sols de surface sont très compressibles,
- les charges sont importantes,
- le contexte impose de maîtriser la déformabilité (tassements) et parfois les efforts horizontaux.
Solutions courantes :
- Micropieux (souvent pour l’habitat ou la reprise en sous-œuvre) : éléments de petit diamètre (ordre de grandeur < 250 mm), forés puis armés et scellés au coulis.
- Pieux forés ou pieux battus/visés selon l’environnement, le bruit/vibrations admissibles, et la nature des terrains.
Points de vigilance :
- définition du mécanisme porteur (pointe, frottement latéral, mixte),
- contrôle d’exécution (forage, bétonnage, continuité),
- prise en compte des effets de groupe et de la variabilité des sols.
4) Comment choisit-on le “bon” type de fondation ?
Le choix se fait à partir d’une démarche rationnelle :
- Reconnaissance géotechnique adaptée (sondages, essais in situ, essais labo) pour qualifier la stratigraphie et les paramètres.
- Définition des hypothèses de calcul : charges, niveau bas, sensibilité à l’eau, aléas (RGA, cavités, remblais, etc.).
- Comparaison technico-économique de plusieurs variantes : faisabilité chantier, coûts, délais, impacts (terrassements, évacuation, pompage).
- Justifications au regard de l’Eurocode 7 (portance, stabilité, tassements) et du niveau de mission (G2 AVP/PRO, etc.).
5) Les désordres typiques liés aux fondations (et ce qu’ils signifient)
Certains signaux doivent attirer l’attention, sans conclure trop vite (une fissure n’est pas systématiquement un problème de fondations) :
- fissures en façade, souvent obliques ou en escalier,
- fissures aux angles d’ouvertures,
- portes/fenêtres qui coincent,
- planchers présentant des pentes ou des ressauts,
- infiltrations ou humidité anormale au pied des murs.
Le point clé est l’évolution : élargissement, réapparition, saisonnalité, multiplication.
6) Recommandations pratiques (approche prudente)
Avant d’engager des travaux, il est recommandé de :
- Documenter : photos datées, mesures d’ouverture, localisation des désordres.
- Vérifier les causes aggravantes simples : gestion des eaux pluviales, fuites de réseaux, pentes ramenant l’eau vers l’ouvrage, végétation proche.
- Faire réaliser une étude géotechnique adaptée au besoin (diagnostic / G5 en cas de sinistre, ou G2 en cas de projet), afin d’identifier le mécanisme et dimensionner une solution.
Les recommandations ci-dessus restent conditionnées aux hypothèses géotechniques disponibles. En présence d’hétérogénéités marquées, de remblais, de nappe, d’argiles sensibles (RGA) ou de cavités, une investigation complémentaire peut être nécessaire pour sécuriser le diagnostic et la solution.
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